100ᵉ Journée Mondiale des Missions
Le premier message du Pape Léon XIV pour la Journée Mondiale des Missions 2026, intitulé “Un dans le Christ, unis dans la mission”, a été publié le jour consacré à l’unité des chrétiens ; celui-ci est en effet un ardent appel à l’unité pour une annonce crédible de l’Évangile.
Il célèbre le centenaire de l’institution de la Journée Mondiale des Missions par le Pape Pie XI et nous ramène aux fondements théologiques et spirituels de la mission évangélisatrice de l’Église, où il est essentiel de s’enraciner, surtout en temps de crise.
L’évangélisation se déploie aujourd’hui dans un contexte historique d’une complexité extraordinaire : guerres et conflits, polarisations culturelles et religieuses, crises économiques et environnementales, migrations forcées et désorientation spirituelle marquent le visage de notre époque. Dans ce scénario, le Pape invite l’Église à redécouvrir sa vocation missionnaire, mais il le fait avec un langage nouveau en proposant un changement de paradigme qui appelle les chrétiens à habiter la crise avec la force douce de l’Évangile.
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Voici comment débute le Message du Pape :
“Pour la Journée Mondiale des Missions 2026, qui marque le centenaire de cette célébration instituée par Pie XI et si chère à l’Église, j’ai
choisi le thème ‘Un dans le Christ, unis dans la mission’. Après l’Année jubilaire, je souhaite exhorter toute l’Église à poursuivre avec joie et zèle dans l’Esprit Saint le chemin missionnaire, qui exige des cœurs unifiés dans le Christ, des communautés réconciliées et, chez tout le monde, une disponibilité pour collaborer avec générosité et confiance”[1].
Ainsi, le Pape nous ramène immédiatement au centre de la mission, en indiquant trois points fondamentaux : des cœurs unifiés dans le Christ, des communautés réconciliées et une disponibilité pour collaborer.
Cœurs unifiés dans le Christ
Le Pape nous invite à nous enraciner dans la prière de Jésus lors de la dernière Cène, pour l’unité des disciples missionnaires. Il souligne :
“Être chrétien n’est pas avant tout un ensemble de pratiques ou d’idées : c’est une vie en union avec le Christ, dans laquelle nous sommes rendus participants de la relation filiale qu’Il vit avec le Père dans l’Esprit Saint. Cela signifie demeurer dans le Christ comme les sarments en la vigne (cf. Jn 15, 4), immergés dans la vie trinitaire. De cette union jaillit la communion réciproque entre les croyants et naît toute fécondité missionnaire” (JMM 1).
De cette profonde unité avec le Christ découle que “la première responsabilité missionnaire de l’Église est de renouveler et de maintenir vivante l’unité spirituelle et fraternelle entre ses membres ” (JMM 1). Le Pape rappelle combien les conflits et les polarisations dans les communautés ecclésiales rendent l’annonce non crédible.
Communautés réconciliées
La mission évangélisatrice, que le Christ a confiée aux disciples, requiert donc des cœurs réconciliés et des communautés réconciliées :
“C’est dans le témoignage d’une communauté réconciliée, fraternelle et solidaire que l’annonce de l’Évangile trouve toute sa force communicative” (JMM 2).
Le Pape nous rappelle la priorité du témoignage de l’unité pour l’annonce de l’Évangile. L’Église évangélise, en effet, avant tout par attraction et par accueil, bien avant d’aller vers les autres.
Cela nous invite alors à nous interroger sur la manière dont nous vivons la réconciliation fraternelle et solidaire, personnellement et comme
communautés ecclésiales. Seule l’authenticité nous ouvre à la mission et nous unit aux Églises sœurs dans l’unique amour et solidarité.
Dans ses vœux de Noël à la Curie romaine, Léon XIV avait déjà souligné avec force ce lien entre la communion ecclésiale ad intra et la mission ad extra :
“Dans un monde blessé par les discordes, les violences, les conflits, où l’on assiste à une montée de l’agressivité et de la colère, souvent instrumentalisées par le monde numérique et la politique”, le travail de l’Église en général “doit également être envisagé dans cette perspective plus large : nous ne sommes pas de petits jardiniers occupés à cultiver leur jardin, mais des disciples et des témoins du Royaume de Dieu, appelés à être dans le Christ un levain de fraternité universelle, entre peuples différents, religions différentes, entre femmes et hommes de toutes langues et cultures. Et cela se produit si nous vivons nous-mêmes en frères et si nous faisons briller dans le monde la lumière de la communion”[2].
Le Pape souligne donc le primat du témoignage sur la parole. En temps de crise, l’annonce ne peut être perçue comme une imposition ou un prosélytisme, mais comme une vie transformée qui devient signe crédible.
La mission est accueil avant d’être offre, écoute avant d’être réponse. Elle est la capacité de partager les fragilités de l’autre, de marcher ensemble lorsque les certitudes s’effondrent. En ce sens, la mission est compagnie : non conquête, mais proximité ; non pouvoir, mais service ; non domination, mais fraternité.
C’est la logique évangélique de la semence qui croît silencieusement, de la lumière qui éclaire sans éblouir, du levain qui fait fermenter la pâte de l’intérieur. “Il s’agit d’une force douce : la foi ne s’impose pas par la puissance et de manière extraordinaire”[3].
Disponibilité pour collaborer
Affirme encore Léon XIV qu’aucun baptisé n’est étranger ou indifférent à la mission :
“Tous, chacun selon sa vocation et sa condition de vie, participent à la grande œuvre que le Christ confie à son Église. Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le Pape François, l’annonce de l’Évangile est toujours une action chorale, communautaire, synodale” (JMM 2).
Le Pape réaffirme que la mission n’est pas l’affaire de spécialistes, mais une responsabilité partagée par tout le peuple de Dieu. Chaque baptisé
est appelé à participer, non seulement les missionnaires ad gentes. La mission est une dimension constitutive de la vie chrétienne, non une tâche optionnelle. En ce sens, la mission devient aussi une occasion de renouveau ecclésial : l’Église redécouvre son identité précisément dans l’acte de sortir, d’annoncer, de servir. La mission est donc aussi un chemin synodal, une expérience de coresponsabilité et de communion.
En réaffirmant l’importance de la dimension synodale dans la mission, le Pape Léon XIV se réfère explicitement à son prédécesseur, le Pape François, mais il le fait avec des convictions enracinées dans son ancienne expérience missionnaire en Amérique latine, au Pérou.
Dans ce contexte, avec les autres pères augustiniens, il a promu un nouveau modèle de paroisse qui insistait sur la dimension communautaire de l’Église, la responsabilité des laïcs et des femmes. Il s’agissait, comme l’a souligné le Pape, de mettre en œuvre le Concile Vatican II et les orientations des Conférences épiscopales d’Amérique latine, de Medellín et de Puebla[4]. Cette expérience vécue de participation et de proximité avec les pauvres lui indique encore aujourd’hui le chemin missionnaire en tant que Pontife, dans la vision plus large de l’Église universelle.
Mission d’amour
“Si l’unité est la condition de la mission, l’amour en est la substance. La Bonne Nouvelle que nous sommes envoyés annoncer au monde n’est pas un idéal abstrait : c’est l’Évangile de l’amour fidèle de Dieu, incarné dans le visage et la vie de Jésus‑Christ” (JMM 3).
Le Pape conclut son Message par l’invitation à vivre la mission, portés par l’amour : “Mission d’amour. Annoncer, vivre et partager l’amour fidèle de Dieu” (JMM 3).
Il remercie vivement les missionnaires ad gentes et demande à tous les chrétiens de prier pour les vocations missionnaires. Il sollicite également
la contribution de chacun pour les pauvres dans le monde et la prière comme communion dans l’unique mission d’amour.
Nouveau paradigme de la mission ?
La conception de la mission et ses accents évoluent avec le monde qui change. De saint Jean‑Paul II, qui avait souligné le passage conciliaire du concept géographique des missions à son intégration dans l’unique mission de l’Église[5], on est passé à l’insistance du Pape François sur “l’état permanent pour tous de la mission”[6].
Aujourd’hui, il n’y a pas de nouvelles synthèses, mais dans ce chemin d’approfondissement théologique déjà accompli par l’Église, nous pouvons discerner, dans les multiples situations et les changements sociaux et ecclésiaux, des attitudes et des accents nouveaux suggérés par le magistère.
Au début du message pour la Journée Mondiale des Missions 2026 que nous examinons ici, Léon XIV nous invite à “‘renouveler en nous le feu de la vocation missionnaire’ et d’avancer ensemble dans l’engagement de l’évangélisation, en ‘une nouvelle ère missionnaire’ dans l’histoire de l’Église”. Il nous renvoie à l’homélie prononcée lors de la Messe pour le Jubilé du monde missionnaire et des migrants, célébrée l’an dernier. Cette homélie, en effet, nous aide à saisir de nouveaux accents de la mission, qui est partir, mais accueillir aussi :
“Frères et sœurs, aujourd’hui s’ouvre une nouvelle ère missionnaire dans l’histoire de l’Église. Si, pendant longtemps, nous avons associé la mission au ‘départ’, au fait de partir vers des terres lointaines qui n’avaient pas connu l’Évangile ou qui vivaient dans la pauvreté, aujourd’hui, les frontières de la mission ne sont plus géographiques, car la pauvreté, la souffrance et le désir d’une plus grande espérance viennent à nous. … Il ne s’agit pas tant de ‘partir’ que de ‘rester’ pour annoncer le Christ à travers l’accueil, la compassion et la solidarité : rester sans nous réfugier dans le confort de notre individualisme, rester pour regarder en face ceux qui arrivent de terres lointaines et tourmentées, rester pour leur ouvrir les bras et le cœur, les accueillir comme des frères, être pour eux une présence de consolation et d’espérance[7]”.
C’est le temps d’une nouvelle coopération missionnaire dans les deux sens géographiques, qui ne supprime pas pour autant la nécessité réaffirmée des vocations missionnaires vers des peuples lointains :
“Tout d’abord, je vous demande de promouvoir une coopération missionnaire renouvelée entre les Églises. Dans les communautés de tradition chrétienne ancienne comme celles d’Occident, la présence de nombreux frères et sœurs du Sud du monde doit être saisie comme une opportunité d’échange qui renouvelle le visage de l’Église et suscite un christianisme plus ouvert, plus vivant et plus
dynamique. En même temps, chaque missionnaire qui part pour d’autres terres est appelé à habiter les cultures qu’il rencontre avec un respect sacré, en orientant vers le bien tout ce qu’il trouve de bon et de noble, et en y apportant la prophétie de l’Évangile”[8].
Conclusion
Le premier message du Pape Léon XIV pour la Journée Mondiale des Missions est une invitation pressante à repenser la mission en clé théologique et spirituelle, comme communion avec le Christ et témoignage de fraternité.
En temps de crise, la mission devient pèlerinage d’espérance, compagnie dans les fragilités, engagement pour la paix.
C’est ce visage de l’Église que le Pape a proposé dans ses voyages apostoliques et par ses discours au cours de sa première année de pontificat : une Église qui ne craint pas les crises, mais qui les habite avec la force douce de l’Évangile ; une Église qui ne conquiert pas, mais qui accompagne.
Le changement de “paradigme” missionnaire est surtout la réponse prophétique de l’Église aux défis de notre temps : une annonce qui se manifeste tout d’abord par la vie, un amour qui est don gratuit, une espérance qui devient chemin partagé.
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[1] Léon XIV, Message pour la Journée Mondiale des Missions 2026 (dorénavant nous abrégeons dans le texte JMM).
[2] Léon XIV, Discours à la curie romaine pour les vœux de Noël (22 décembre 2025).
[3] Léon XIV, Jubilé du Monde Missionnaire et Jubilé des Migrants. Homélie (5 octobre 2025).
[4] Cf. E.A. Allen, Papa Leone XIV. La Biografia, Mondadori, Milano 2026, 35-97.
[5] Jean-Paul II, Redemptoris missio, 32.
[6] Pape François, Evangelii gaudium, 25.
[7] Léon XIV, Jubilé du Monde Missionnaire et Jubilé des Migrants…
[8] Léon XIV, Jubilé du Monde Missionnaire et Jubilé des Migrants...
